Université Citoyenne et Solidaire de l'Est Lyonnais

Philosophie de l’UCS

« Il y a quelque temps déjà, lors d'une assemblée générale de l'Espace Projets Interassociatifs le 9 décembre 2010, très exactement- j'avais proposé que notre association s'inscrive plus résolument dans une dynamique de refondation de l'éducation populaire. L'éducation populaire, c'est-à-dire la volonté de mettre le savoir à la disposition de tous, et notamment des plus défavorisés, connaît en effet depuis de nombreuses années une crise profonde, alors même que de plus en plus de citoyens n'ont pas accès à la culture, à la connaissance, à la formation, et ne maîtrisent même pas les compétences fondamentales que l'école est censée apporter à chaque individu, à savoir lire, écrire et compter. Comment exercer sa citoyenneté lorsqu'on ne dispose pas des outils nécessaires ? Comment être un homme ou une femme libre quand on n'a pas les moyens intellectuels d'exercer sa liberté ? Comment peut-on être heureux (se) quand on est privé(e) de l'Art, de la création, de la littérature, de la poésie, de la philosophie, des sciences humaines et sociales, de la compréhension des avancées scientifiques et techniques etc. ?

Il y a trois ans, grâce au soutien du Conseil régional Rhône-Alpes, nous avons réussi à mettre en chantier l'université citoyenne de l'est lyonnais et nous proposons aujourd’hui de franchir une nouvelle étape.

Tout en nous inscrivant dans la philosophie de l'éducation populaire dont les universités populaires qui se sont déjà constituées ici ou là se sont largement inspirées, nous souhaitons aussi adopter une démarche originale, et, à certains égards plus ambitieuse encore. Nous sommes en effet convaincus, à l'EPI –et nos 25 ans d'action en attestent- que, s'il est absolument nécessaire de transmettre des savoirs et des compétences, il est peut-être encore plus indispensable –et plus difficile- de contribuer à rendre possible une co-construction desdits savoirs et desdites compétences.

Le modèle pédagogique qui a longtemps prévalu, celui du maître qui sait tout et qui inculque des connaissances à un élève qui ne sait rien, est largement dépassé et l'école française elle-même, qui n'est pas à la pointe de l'innovation pédagogique, a intégré l'idée selon laquelle elle ne devait plus seulement apprendre, mais aussi "apprendre à apprendre". Notre université citoyenne a donc pour objectifs de fournir au plus grand nombre des outils –essentiellement ceux des sciences humaines et sociales- pour comprendre et transformer le monde.

Ce monde, il est devenu tellement complexe que nul individu ne peut prétendre, à lui seul, en rendre compte dans sa globalité. Et même nulle science ne peut avoir cette prétention. Nous sommes convaincus qu'il n'y a de progrès scientifique possible que dans la pluridisciplinarité comme il n'y a de progrès humain que dans la multiculturalité. Nous nous emploierons, à l'université citoyenne de l'Est Lyonnais, à promouvoir la pluridisciplinarité, non seulement entre les diverses sciences humaines et sociales, mais aussi entre celles-ci et les sciences dites exactes.

Et puis, nous considérons qu'il faut réhabiliter les acteurs sociaux, trop souvent considérés comme de simples objets d'étude, et leur donner la possibilité de contribuer véritablement, sous des formes spécifiques, aux recherches qui les concernent, particulièrement en ce qui concerne les problématiques liées aux banlieues. Je crois qu'il est temps d'affirmer que les banlieues ne sont pas des zoos et que leurs habitants ne sont pas des souris dans une cage. La science doit évidemment remplir ses missions et s'inscrire dans un cadre épistémologique et méthodologique rigoureux. Pour autant elle doit faire un effort significatif pour associer autant que faire se peut les individus et les groupes sociaux qu'elle étudie à sa démarche. Cela peut d'ailleurs s'avérer extrêmement productif dans la mesure où les acteurs sociaux des banlieues font preuve d'une diversité, d'une intelligence et d'une combativité inversement proportionnelles à leur capital économique. Comme l'a très bien montré Pierre Bourdieu dans "La misère du monde", leurs propos et leurs points de vue méritent bien d'être rapportés largement car ils constituent bien souvent des analyses, même implicites, tout à fait pertinentes.

Nous possédons, à Vaulx-en-Velin et plus généralement dans l'Est lyonnais, des richesses immenses, un patrimoine immatériel considérable. Des histoires individuelles et collectives tout à fait singulières qui doivent être collectées, conservées et racontées le plus largement possible. Des aventures humaines qui forcent le respect et l'admiration, et qui peuvent servir d'exemple aux jeunes générations. Des mémoires puissantes et vivaces, d'ici et d'ailleurs, des mémoires faites de souffrances souvent, de guerres parfois ou de situations inhumaines comme l'esclavage et la colonisation,  mais aussi de difficultés surmontées, de combats fructueux, de légitimes motifs de fierté, de tout ce qui fait qu'un être humain est en même temps l'héritier de celles et ceux qui l'ont précédé et l'ancêtre, c'est-à-dire celui qui est en train d'écrire ce qui sera la mémoire de celles et ceux qui vont le suivre. Chaque être humain est en même temps le produit et le producteur d'une ou plusieurs cultures, d'une ou plusieurs civilisations et chacun d'entre nous a son mot à dire, sa pierre à apporter à la construction de notre commune humanité.

Et puis n'oublions jamais que la mémoire joue un rôle irremplaçable pour faire progresser l'humanité. Il ne s'agit pas de ressasser le passé, ni de l'idéaliser, mais de ne jamais perdre de vue que, comme l'écrivait Primo Lévi, "ignorer le passé, c'est se condamner à le revivre".

Vaste et ambitieux programme pour l'université populaire de l'Est lyonnais, mais quel formidable défi, quelle formidable démonstration de ce que nous, les habitants des banlieues, sommes capables de faire.

Soyons nombreux à relever ce défi ! »

Alain GIROD

Président de l'Espace Projets Interassociatifs

 

Présentation du projet

L’Université Populaire date de la fin du XIXe siècle. Professeurs, intellectuels, philosophes proposaient des cours gratuits à destination de ce qu’on appelait alors la classe ouvrière. Elle avait dès sa création pour objectif de démocratiser la culture et de dispenser gratuitement le savoir au plus grand nombre.
L’Université Populaire retient de l’Université traditionnelle la qualité des informations transmises. Ainsi, l’accès au savoir permet non seulement l’élévation intellectuelle mais aussi l’appréhension de la société. La connaissance, le savoir peuvent se propager auprès du plus grand nombre grâce à différents supports. La rencontre directe entre intellectuels et grand public est un vecteur important, sous forme de séminaires, débats, interactivité sur internet. L’Espace Projets Interassociatifs s’inscrit dans cette démarche afin d’apporter sa contribution à une dynamique citoyenne, intellectuelle, ayant pour objectif, la diffusion des savoirs et de la connaissance. Le principe de l’Université Citoyenne et Solidaire, c’est  d’envisager une progression personnelle, de permettre à chacun de construire sa propre opinion grâce à des éléments objectifs, de confronter les points de vue tout en respectant l’autre. A ce titre, l’université citoyenne de l’Est lyonnais constitue l’un des outils pour travailler la participation de tous les publics, l’usage critique des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu.


L’émergence du projet Vaudais :

Ce projet global est le fruit de plusieurs années de contact avec les associations et les habitants.
Il a été expérimenté partiellement (rencontres avec les institutions, formations sur la discrimination et l’égalité femmes / hommes, formations techniques pour les responsables et bénévoles associatifs), organisation de conférences débats, mise en place des rencontres multiculturelles, puis des rencontres citoyennes, partenariat avec l’université Lumière Lyon 2 (Institut de la communication) etc.
Le contenu de ce programme s’appuie sur des demandes formulées et sur des besoins ou des manques constatés par le Conseil d’administration et l’équipe de l’EPI.


Le fonctionnement :

La gratuité pour le public participant est le principe de base : pas d’âge requis, ni de titres ou de niveaux demandés, pas d’inscriptions ni de contrôle des connaissances, pas d’examens, ni de diplômes délivrés. Le cours dispensé sur une séance de 2 à 3 heures est divisé en deux temps : 1) un exposé argumenté, 2) une discussion de celui-ci. Le cycle s’étend d’octobre à juin.